Densité d’information

Un des symptômes de la douance (appelez ça comme vous voulez : zébritude, haut-potentiel, embonpoint intellectuel) c’est une exigence conversationnelle particulière: celle d’une part suffisante de nouveauté et d’inattendu dans l’information reçue pour maintenir la petite flamme d’attention. En effet, si la précocité est une espèce de soif de connaissance, et si une interaction sociale (une conversation, un cours, une lecture un spectacle) est en compétition permanente avec des fils de réflexion interne du sujet surdoué, on comprend assez bien que l’attention se tourne vers la source la plus à même de combler ce gouffre exigeant. Ainsi le surdoué hyperactif s’évade dans des activités parasites, l’autiste vers ces ressources intérieures. Dans tous les cas, il y a décalage entre la stimulation reçue et la capacité à engranger de nouvelles informations.

Si, je dis un symptôme parce que c’est réellement un élément qui peut perturber les liens sociaux. Pensez à Sheldon Cooper (« The Big Bang Theory »). Ce qui est tellement amusant chez Sheldon c’est qu’il est incapable de cacher son ennui. Rien ne l’étonne. Il a l’impression que jamais personne ne pourra lui apprendre quoi que ce soit.

L’ennui. C’est là, la conséquence d’une densité d’information trop réduite. C’est ce qui arrive quand la stimulation est en décalage avec l’attention. Par exemple lors du spectacle d’un téléfilm au scénario trop attendu. Lorsque votre attention se porte la carrière de l’acteur plutôt que son rôle, sur les erreurs de raccords entre les plans, ou encore sur les choix stratégiques de la chaîne à le diffuser, c’est que clairement la trame est complètement en dessous de vos capacités cognitives. Votre attention, dont le but est de combattre l’ennui de toutes les façons, développe tous ces stratagèmes pour maintenir une stimulation constante de votre muscle cérébral. L’ennui n’est donc jamais qu’un moment passager de votre attention avant qu’elle ne se porte sur le prochain objet disponible.

Cette exigence de l’attention, il me semble quelle affecte tous les goûts (du surdoué et à réflexion de tout le monde : il n’y a qu’une différence d’échelle). Elle explique bien, par exemple, le fait qu’on ne garde pas à vie les mêmes goûts musicaux. Au fur et à mesure des progrès de notre oreille celle-ci nous demande des écoutes de plus en plus exigeantes (des harmonies plus originales, des mélodies surprenantes, des rythmes plus complexes). Sinon elle ne remplit qu’une fonction de musique d’ambiance ou de mémoire (Radio nostalgie).

Donc, conversations, école, musique, culture, partout l’ennui du zèbre guette et le menace par trop d’originalité d’exclusion sociale.

Conclusion un peu hâtive et expéditive peut-être ? Tout n’est quand même pas aussi noir… à revoir… au revoir !

L’acteur et le spectateur

Ce que je viens d’écrire sur l’autisme, me ramène à une autre de mes réflexions qui m’accompagne depuis quelques temps. J’ai pris l’habitude de classer les personnes selon un critère qui est celui d’être actif ou passif de façon générale. Acteur ou spectateur dans ma terminologie personnelle. (« Starittude » et fanittude, en deux néologismes qui m’amusent).

Au départ, l’idée me vient de la fréquentation de concerts ou je m’interrogeais sur ce qui fait que je suis dans la salle et pas sur scène. Et une impression de me faire avoir par le groupe qui se montre et qui par le fait de se montrer et s’exposer veut me convaincre qu’il a des choses importantes à dire. Dans un deuxième, temps cela me vient d’un constat d’échecs de ma propre expérience créative. Pour des raisons évidentes, il convient mieux à mon ego de penser que cela me vient d’un mystérieux manque d’ambition et non d’une incapacité de ma personne.

Je me suis donc rangé, dans l’image que je me fais de moi-même, dans la catégorie du spectateur. Ça n’est pas tout à fait définitif, car je cela ne m’empêche nullement de créer, en musique, en image, en mots, … Je reste donc tout-à-fait actif. Mais à l’image de ce blog, totalement et absolument sans public.

Non, la différence est ailleurs. Ce qui fait de moi un spectateur définitivement, c’est que je n’ai, semble-t-il, aucun besoin du regard de l’autre. (Tout au moins, c’est un besoin suffisamment petit et patient pour se contenter de retarder et fantasmer la réaction tierce.) C’est pourquoi, on me penserait modeste, mais on a tort. Dans, le secret de mes pensées, je tutoie les plus grands et j’entretiens avec eux des conversations enflammées. (Et qu’il n’entendront jamais, soit.)

Alors que les grands, eux, les stars, les people, ne sont grands que par un artifice de scène assez idiot : ils sont surélevé par de simples planches (ou grossis par des caméras, amplifiés par des micros). Si on analyse, un peu, et les plus honnête ne le cachent pas, les stars n’existent que par le regard de nous autres spectateurs. Elles admettent que c’est notre regard, nos oreilles et nos applaudissements qui les nourrissent, et que sans ce carburant leur flamme créatrice s’éteint.

Pour le vrai spectateur, plus méditatif, il n’y a nul besoin d’être l’auteur d’une oeuvre pour s’en extasier. L’absence d’ambition et la sobriété de l’ego nous rend bien plus libre !

L’autisme existe-t-il ?

Ce que je lis sur l’autisme (pour être honnête pas beaucoup) me pousse à dire, qu’il n’existe pas. C’est surtout, je pense, un terme pour désigner une différence, quelque chose qui gène. Autrefois, on aurait dit fou ou idiot, autiste est plus politiquement correct. J’aime bien d’ailleurs, l’invention de la communauté autiste de nommer les non-autistes par leur propre terme : les neurotypiques. C’est plaisant parce qu’on s’interroge soudain sur cette étrange maladie qui fait que les gens parlent autant et aussi mal ! Les grande nations indienne (nord-américaine) auraient peut-être apprécié de pouvoir traiter l’envahisseur de Sales neurotypiques !.

Si le terme autisme est tout de même pratique, pour ma part, il ne s’agit en aucun cas d’une maladie. C’est plutôt un ensemble de modes de fonctionnement atypiques probablement dûs à une organisation cérébrale différentes. Le cerveau étant extrêmement plastique, comme on dit, l’autisme n’a probablement rien de définitif.

De plus l’autisme n’est pas unique, il est extrêmement diversifié, et on ne peut appliquer une aide universelle pour l’intégration dans la vie sociale. D’ailleurs on parle aujourd’hui de spectre autistique pour rendre compte de la diversité de symptômes et de comportements qu’on a (peut-être abusivement) réunis sous la même étiquette.

Ces quelques réflexions n’ont pas de conclusion (encore).

Dans mon image quantique de moi même (comme un électron qui peut être à la fois une onde et une particule), je me reconnais à la fois dans le spectre autistique et la superficialité neurotypique.

Notez qu’il y a déjà, de ma part un jugement de valeur et que neurotypique ressemble, pour moi à une forme d’insulte. Ainsi les autistes ont réussi leur plan, faire de l’autisme une valeur !

Eradiquer le principe de compétition

Pour me faire pardonner de ma redite sur les surdoués une citation de Pierre Rabhi. Aucune idée si elle est exacte, mais elle me parle et j’en parle….

“Il est urgent d’éradiquer ce principe de compétition qui place l’enfant, dès sa scolarité, dans une rivalité terrible avec les autres et lui laisse croire que s’il n’est pas le meilleur, il va rater sa vie. Beaucoup répondent à cette insécurité par une accumulation stupide de richesses, ou par le déploiement d’une violence qui vise à dominer l’autre, que l’on croit devoir surpasser.

Aujourd’hui, on est tout fier lorsqu’un enfant de 5 ans sait manipuler la souris de l’ordinateur et compter parfaitement. Très bien. Mais trop d’enfants accèdent à l’abstraction aux dépens de leur intériorité, et se retrouvent décalés par rapport à la découverte de leur vraie vocation.

Dans notre jeune âge, nous appréhendons la réalité avec nos sens, pas avec des concepts abstraits. Prendre connaissance de
soi, c’est d’abord prendre connaissance de son corps, de sa façon d’écouter, de se nourrir, de regarder, c’est ainsi que l’on accède à ses émotions et à ses désirs. Quel dommage que l’intellect prime à ce point sur le travail manuel. Nos mains sont des outils magnifiques, capables de construire une maison, de jouer une sonate, de donner de la tendresse.

Offrons à nos enfants ce printemps où l’on goûte le monde, où l’on consulte son âme pour pouvoir définir, petit à petit, ce à quoi l’on veut consacrer sa vie. Offrons-leur l’épreuve de la nature, du travail de la terre, des saisons. L’intelligence humaine n’a pas de meilleure école que celle de l’intelligence universelle qui la précède et se manifeste dans la moindre petite plante, dans la diversité, la complexité, la continuité du vivant.” – Pierre Rabhi

Précoce, surdoués, HP, haut QI ?

Quel est le terme approprié pour parler des « martiens » capables d’atteindre un score de 128-130 aux tests de Q.I.

C’est vraiment LE sujet permanent qui apparait dès qu’il s’agit de Q.I. Tous les personnes concernées semblent d’accord pour dire que sans exceptions les termes sont impropres. Et, en effet je trouve vraiment que c’est un casse-tête impossible !

Voici ce que m’a inspiré un article sur un blog que je consulte:
Pour ma part, je trouve que « précoce » est le pire de tous (pour toutes les raisons déjà évoquées), les abréviations de type HP EIP, etc sont à laisser au psys et n’ont rien à faire dans le langage courant, quant aux « zèbres » et autre termes codés, ils sont sympatiques comme signe de ralliement communautaire, mais ne font qu’ajouter aux confusions déjà nombreuses.

Les termes les plus appropriés restent « haut potentiel » (« intellectuel » en option si nécessaire) ou « surdoué ».

Mais ce qui est dérangeant et qui fait que je garde toujours des « guillemets » dans la voix en parlant de « surdoué » c’est que justement, un « surdoué » n’est généralement pas un surdoué de sa discipline au même titre qu’un surdoué du ballon ou de la politique. Le terme de surdoué n’est pas réservé à l’intelligence et désigne l’exceptionnel c’est un terme à rapprocher du génie et qui sort de la norme au point de ne plus être mesurable.

Mais un haut QI ce n’est que le haut d’une norme et elle est le résultat d’une mesure. Si on calculait, le « quotient tennistique » des pratiquants de ce sport n’importe quel amateur entraîné atteindrait facilement un quotient de 140 (il suffit d’être le meilleur d’une cinquantaine de quidams tirés au hasard) mais cela ne lui garantirait pas de gagner le moindre tournoi. De la même façon, on pourrait mesurer le « quotient de taille » d’un échantillon de population. Dans ce cas les plus hauts quotients autour de 160 n’auraient probablement que quelques centimètres de plus que la moyenne.

Pour identifier un génie du tennis ou un vrai géant, il faut autre chose qu’un simple outil statistique. Des tournois et des comparaisons sans fin. Pareillement, si cela présentait le moindre intérêt pour recruter de vrai surdoués de l’intelligence, il faudrait comparer les gens testés entre eux.

Pour moi c’est tout le noeud du problème, les termes surdoués ou haut potentiel sont culpabilisant et produisent une espèce d’obligation de résultat. Au final le terme le plus logique serait simplement « haut QI ». Car objectivement la seule chose que mesure le QI c’est le QI lui-même !

Les Wechsler et autres nous sont très utiles pour identifier et certifier cette différence que nous avons tous vécu dans notre chair. Mais, je ne sais pas comment appeler cette fragile membrane qui nous sépare de nos contemporains. Dans la caverne de Platon nous serions juste un petit rang derrière, suffisamment pour voir des choses interdites à nos camarades mais très loin du monde des idées réservé aux génies.

Depuis mon enfance, dans mes relations aux autres, je suis à la recherche de l’équilibre entre la fausse-modestie et une supériorité involontairement blessante.

Alors en résumé: « surdoué », oui mais sans oublier le gouffre qui le sépare de l’exception du génie.

—–
Tiens, en fait j’avais déjà publié !

Q.I. Comment nommer les « surdoués » ?

Récemment, j’ai commenté un peu longuement sur cette question dans un blog, voici ce que ça m’a inspiré:

« Ce sujet est vraiment LE sujet permanent qui est soulevé dès qu’on aborde le Q.I. Tout le monde semble d’accord pour dire que tout les termes sont impropres et c’est vraiment un casse-tête impossible.

Pour ma part, je trouve que « précoce » est le pire de tous (pour toutes les raisons déjà évoquées), les abréviations de type HP EIP, etc sont à laisser au psys et n’ont rien à faire dans le langage courant, quant aux « zèbres » et autre termes codés, ils sont sympatiques comme signe de ralliement communautaire, mais ne font qu’ajouter aux confusions déjà nombreuses.
Les termes les plus appropriés restent « haut potentiel » (« intellectuel » en option si nécessaire) ou « surdoué ».
Mais ce qui est dérangeant et qui fait que je garde toujours des « guillemets » dans la voix en parlant de « surdoué » c’est que justement, un « surdoué » n’est généralement pas un surdoué de sa discipline au même titre qu’un surdoué du ballon ou de la politique. Le terme de surdoué n’est pas réservé à l’intelligence et désigne l’exceptionnel c’est un terme à rapprocher du génie et qui sort de la norme au point de ne plus être mesurable.
Mais un haut QI ce n’est que le haut d’une norme et elle est le résultat d’une mesure. Si on calculait, le « quotient tennistique » des pratiquants de ce sport n’importe quel amateur entraîné atteindrait facilement un quotient de 140 (il suffit d’être le meilleur d’une cinquantaine de quidams tirés au hasard) mais cela ne lui garantirait pas de gagner le moindre tournoi. De la même façon, on pourrait mesurer le « quotient de taille » d’un échantillon de population. Dans ce cas les plus hauts quotients autour de 160 n’auraient probablement que quelques centimètres de plus que la moyenne.
Pour identifier un génie du tennis ou un vrai géant, il faut autre chose qu’un simple outil statistique. Des tournois et des comparaisons sans fin. Pareillement, si cela présentait le moindre intérêt pour recruter de vrai surdoués de l’intelligence, il faudrait comparer les gens testés entre eux.
Pour moi c’est tout le noeud du problème, les termes surdoués ou haut potentiel sont culpabilisant et produisent une espèce d’obligation de résultat. Au final, le terme le plus logique serait simplement « haut QI ». Car objectivement, la seule chose que mesure le QI c’est le QI lui-même !
Les Wechsler et autres nous sont très utiles pour identifier et certifier cette différence que nous avons tous vécu dans notre chair. Mais, je ne sais pas comment appeler cette fragile membrane qui nous sépare de nos contemporains. Dans la caverne de Platon nous serions juste un petit rang derrière, suffisamment pour voir des choses interdites à nos camarades mais très loin du monde des idées réservé aux génies.
Depuis mon enfance, dans mes relations aux autres, je suis à la recherche de l’équilibre entre la fausse-modestie et une supériorité involontairement blessante.
Alors en résumé: « surdoué », oui mais sans oublier le gouffre qui le sépare de l’exception du génie ! »
Avril 2014

Mon monde intérieur a autant de réalité que la réalité que je partage avec l’autre.

Récemment une mère me demandait comment elle pourrait ramener son fils précoce à la réalité. Voilà une question qui toute simple qu’elle est dans sa formulation a soulevé toute une perplexité. Il m’était impossible de répondre à cette question.

La raison la plus évidente maintenant que les idées ont fait leur chemin, me parait que la question sous-entend une absence de la réalité, qui me parait bien loin d’être acquise. Lorsqu’on est « perdu » dans ses pensées (on dit aussi plongé), c’est une espèce de méditation. Mais ça ne veut pas dire qu’on est perdu, ça peut même être le contraire. Dans le cas de la « pleine conscience » très à la mode, mais aussi au yoga, la méditation est un effort de se connecter avec l’environnement, une volonté d’être tout à fait là et présent. Si on ferme les yeux c’est pour mieux éveiller tous les autres sens.

Par contre le monde social auquel on échappe lorsqu’on est « dans la lune » ne semble pas beaucoup s’encombrer de la réalité. Il est fait beaucoup de superficialité, il est plus question de réputation que de réalité. Les interactions humaines s’organisent d’une façon assez complexe autour de concepts tout à fait abstraits et tout à fait arbitraires. Des fictions comme les frontières, les institutions, l’argent qui n’ont d’existence que pour le monde social mais superbement ignoré par le monde physique réel que sont le vent, les oiseaux ou la lumière.

Et pourtant on voudrait me ramener à la réalité !

Inutile de préciser que j’ai eu beau rédiger ma réponse jusque tard dans la nuit, je ne lui fut pas d’un grand secours! Une fois de plus j’ai certainement réussi à convaincre une personne que j’étais complètement en dehors de la réalité!

En bonus: Le lien qui me fait penser à tout ceci aujourd’hui: The boy whose brain could unlock autism: https://medium.com/matter/70c3d64ff221. Il s’agit d’un chercheur en neuro-science et son fils autiste et de la découverte récente d’une nouvelle piste pour la compréhension de l’autisme. Il pourrait s’agir d’un excès d’activité neuronale et une rapidité d’apprentissage qui rend les autistes tellement différent.