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J’ai oublié pourquoi j’aimais le cinéma!

Il a pourtant occupé de nombreuses années de ma vie: Je m’étais donné 10 ans pour réaliser un film à mon idée. J’ai saisis toutes les occasions possibles pour m’approcher de projets d’autres pour peaufiner le mien. J’ai même étudié un peu d’histoire un peu de technique scénaristique, je me suis enflammé pour une technique de projection qui n’a finalement pas révolutionné le cinéma. Régisseur, photographe de plateau, assistanats, parrainages, … mais jamais payé.

Rien que du banal. La réalité économique a fait que les cercles que je faisais autour du coeur de mon ambition n’ont fait que de m’en éloigner et c’est plusieurs fois dix ans qui sont passés ainsi.

Il faut dire que le coeur de l’affaire n’a jamais été clairement défini. Dans le fond, je n’ai jamais su exactement ce que je souhaitais raconter. Il a fallu plusieurs fois que je me bricole des projets par soucis de cohérence. Mais si j’ai pu tromper quelqu’un ce n’est pas moi. Le fait de vouloir réaliser les films tenait probablement plus au fait que je me sentais bien dans une salle de cinéma et que je ne me sentais pas capable de jouer la comédie.

La vie est étrange, mon amour du cinéma comme spectateur s’est affadi au point qu’il est devenu rare aujourd’hui qu’un film m’emballe. Je commence même à trouver des défauts aux maîtres que j’ai pu aduler. Est-ce que mon exigence s’est accrue, est-ce que je vois trop les ficelles? Ou ma passion elle-même était-elle fabriquée ? Au sortir de l’adolescence on ne cesse de chercher sa place, moins pour affirmer qui ont est profondément, que pour se conformer à ce qui est attendu. Ce désir de cinéma n’était-il pas finalement qu’une initiative supplémentaire pour se rendre plus désirable au regard de mes pairs ? C’est tout à fait possible.

Telle est ma réalité, rien d’objectif ou de palpable. Juste un énorme jeu dont je ne suis pas sûr d’avoir bien compris les règles.

Ma réelle ambition au final n’était peut-être pas le cinéma en soi mais juste la maximisation de la qualité de bienveillance des regards portés sur moi. Le même rêve naïf des participants aux jeux de télé-réalité: exister dans le regard d’autrui?

Non, en fait je prends encore trop de pincettes, plus j’y pense plus je me dis que au plus profond de moi je le sais: il n’y avait là rien de sincère juste un rôle que j’ai cru devoir tenir: C’est simple. La comédie humaine exige qu’on ait une ambition. Les adultes vous parlent de ce que vous ferez plus tard, bientôt vos amis s’y mettent eux aussi, et peu à peu l’étau se resserre et vous comprenez qu’il va vous falloir faire un pas qui n’a rien de volontaire mais qui risque pourtant bien d’avoir un caractère décisif. « Que feras-tu? » Voilà la question à laquelle il a bien fallu répondre!

L’air de rien, cette question toute bête pourrait bien être celle qui en pousse au suicide. Ou plutôt c’est là le sens du choix demandé. Si finalement on ne prend pas part, si on ne sais pas choisir, tenir un rôle quel qu’il soit, … Bref, si on refuse de répondre à cette injonction, la seule alternative est une passivité socialement intolérable, équivalente à la mort.

C’est le cynisme du timide, de l’indécis, de l’homme sans qualités: Rien que des choix par défaut! Une vie de bâtie sur des mensonges nécessaires!

Si une issue existe ou a existé, elle ne m’apparaît pas aujourd’hui. D’ailleurs, bizarrement mon moi ludique semble s’en accommoder pas trop mal, c’est un peu si un autre moi distancié me regardait et jouait une partie de go ou aux échecs. Il pourrait essayer d’analyser les règles à fond et jouer le meilleur coup, le coup “sincère ». Mais devant cette complexité, par économie, il semble préférer hypocritement confier mon petit pion au hasard d’une stratégie juste plausible !

Politique naïve

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