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C’est quoi la morale de l’histoire ?

Il y a une certaine catégorie de films qui m’horripile, et il m’a fallu du temps pour en identifier la cause. Cette réflexion m’accompagne depuis un certain nombre d’année. Le premier souvenir en est la gène que j’ai éprouvée devant un vieux navet des années 90 « Henri, Portrait of a Serial Killer » et qui a été ravivé dernièrement devant les 2 films sur Mesrine. Il y en a eu d’autres mais que je n’ai pas présents à l’esprit en écrivant ceci.

Ce que ces 2 films ont en commun c’est une apparente absence de parti-pris, un compte-rendu d’apparence « objective ». Je peux imaginer le discours du réalisateur qui pourrait affirmer « Je ne veux pas prendre le public par la main, lui dire ce qu’il a à penser. C’est à lui de juger. »

J’ai entendu le réalisateur de l’Ennemi public dire quelque chose comme. « J’ai voulu montrer Mesrine dans ses contradictions: autant dans sa grandeur, que sa brutalité spontanée. »

Le résultat dans les 2 cas est dramatique. On est, comme public, livré à un flot d’événements isolés plus ou moins scénarisés scène par scène, pour constituer un récit biographique, mais sans le moindre suivi. Les sketches (dans un registre très loin du comique) n’articulent aucun discours.

Ne reste que le « spectacle » d’assister à des tranches de vie pénibles de personnages hautement antipathiques (c’est peu dire), des actes abjects qu’on ne voit que rarement dans le quotidien et dont tout ce que nous dis le réalisateur est « Je ne vous dis pas ce que vous devez en penser, vous êtes assez grands. » En sous-entendant que « oui, bien sur, c’est horrible » et en faisant mine de dénoncer quelque chose, de soulever une polémique.

En réalité, en commettant ce genre de film, loin de dénoncer le serial killer ou la mythomanie criminelle d’un Mesrine on ne fait que de banaliser des actes intolérables et d’inscrire des comportements marginaux dans la norme sociale. D’ailleurs, depuis un certain temps le serial killer est devenu un personnage habituel du paysage médiatique, représenté largement au-delà de la réalité statistique du phénomène.

Il en résulte une impression d’insécurité croissante, une peur et une méfiance généralisée qui fait progresser l’individualisme avec les répercussion politique que l’on sait.

Mais revenons en à nos 2 films. Je ne veux pas passer pour un moraliste borné, qui voudrait rétablir la censure en établissants des quotas. Après tout le cinéma, ce n’est pas le spectacle de la vie, mais bien une évasion et il doit sublimer la réalité, en montrant des choses qui nous sortent du quotidien. Il n’y a pas de sujets tabous, et même des serial killer peuvent inspirer une réflexion. Il me semble qu’Oliver Stone ou Quentin Tarantino s’emparent de ces sujets avec plus de complexité et un véritable discours.

Ce qui est impardonnable, c’est vraiment l’absence de point de vue. Faire semblant, qu’on peut être objectif. Comment peut-on mobiliser une équipe de tournage pendant des semaines investir des décors demander l’effort des acteurs sur un sujet qu’on a choisi avec pour parti pris d’assister à cette mascarade objectivement et sans jugement de valeur. Comme on le sait depuis Marcel Duchamp le simple choix d’un sujet et de le mettre devant un public est déjà un acte artistique. Il n’est en rien « objectif » de faire assister à un meurtre de sang froid comme s’il s’agissait d’un achat dans une épicerie.

A partir du moment ou l’on commet un acte artistique, il y a une obligation morale. Si on choisit de ne pas juger, de ne pas s’expliquer de ne pas exprimer son point de vue, c’est qu’on a rien à dire et qu’on aurait mieux fait de se taire. Voilà donc 2 films qui ne servent à rien!

Ils nous disent, j’ai souhaité vous présenter aujourd’hui ce personnage (libre à vous de le trouver grandiose, bandant ou abject). J’ai choisi de vous montrer ces scènes choisies de leur vies (libre-à-vous de me trouver voyeur, dénonciateur, critique ou dithyrambique). Surtout ne cherchez pas de causalités dans l’enchainement des événements, il n’y en a pas.

Parce que au final, c’est ce qu’il y a de plus criant dans « Mesrine » ou « Portrait of a serial killer », c’est l’absence de scénario. Or pour le cinéma (même documentaire) c’est le seul garant d’un discours intelligible. Seul des événements qui s’enchaînent de façon réfléchie feront naître le discours. (Des enchaînements de causalité, d’association d’idée, ou de contre-exemple, les possibilités sont nombreuses. )

Il manque une conclusion à ce petit feuillet. Je suis moi-même pris du même mal: je n’ai pas de plan et je ne sais plus ou je veux en venir. J’ai ouvert le robinet critique et je pourrai le refermer n’importe quand. Je dois le fermer parce que j’ai à faire. Et je vais devoir faire avec ça comme conclusion.

Le cinéma ne devrait pas être qu’un simple robinet à image. Ces 2 réalisateurs, dont je ne préfère même pas retrouver les noms, se sont laissés dépasser visiblement par des sujets qui les dépassaient et n’ont pas su dompter leur propre fascination. Vampirisé ils se sont contenté de diffuser des images qu’ils ne comprennent même pas.

Et s’il se trouve que je me trompe, et que leurs produits sont réellement se qu’ils ont voulu faire c’est encore pire: Leur discours se résumant finalement qu’à cette banalisation qui fait qu’on installe toujours plus de caméras de surveillances et qu’on vote pour plus de sécurité.

Le cinéma comme toute opération médiatique va avec certaines obligation morales.