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Nouvelles lumières

Si je ne me trompe, on doit à l’invention de l’imprimerie la sortie de l’obscurantisme. Tous les précieux écrits enfermés dans des monastères et les savoirs qui vont avec ont pu être démocratisés. Grâce à quoi, on a vu de nouvelles personnes s’emparer des écrits pour les relire selon leur propres critères (la réforme). Puis de nouveaux écrits ont pu naître, aussi bien des chefs d’oeuvres artistiques que des foisons de manuels et les 1ères encyclopédies. C’est ce qu’on a appelés les « lumières » (me semble-t-il toujours, je ne suis pas historien).

Ce qui m’intéresse ici, c’est de dresser un parallèle entre cet obscurantisme passé avec notre époque et la révolution qui est en cours. L’apparition d’Internet est en effet assez comparable à l’imprimerie et elle s’attaque à un autre obscurantisme. Pour l’instant l’identité du pouvoir obscur qui domine notre temps est assez difficile à cerner, mais elle se dessine de plus en clairement. Bon, autant dire tout de suite que je ne crois en aucun complot international et qu’on est le plus souvent utilisés par des gens qui nous aiment et veulent notre bien!

Mais revenons à ce combat, celui entre la diffusion du savoir et son confinement. Il me semble que c’est une contradiction qui existe depuis bien longtemps, celle d’une société qui enseigne des valeurs humanistes d’entraide d’une part et d’une société des loisirs qui voudrait qu’on oublie l’essentiel de ce qu’on a appris pour qu’on s’abandonne à ce mode de vie facile ou tout est fait tout pour nous. Il y a le monde académique qui incite à la curiosité, invite à comprendre, échanger et diffuser le savoir. Et il y a le monde consumériste qui vous prend par la main qui vous fait rêver par un progrès qui tient de la magie tellement il serait vain de chercher à comprendre!

Ce sont 2 visions qui ont pour programme le progrès, mais des façon différentes de l’atteindre. À ce stade de mon discours, il n’est peut-être plus nécessaire de dire de quel côté, entre obscurantisme et lumières, je place le marketing ou la propriété intellectuelle. En effet, je pense et j’ai déjà dit ici que ces inventions modernes qui ont tant fait pour le développement rapide de notre niveau de vie depuis le début du vingtième siècle sont devenues improductives et nuisibles. On les retrouve régulièrement à des points clés des paradoxes les plus criants de notre époque. Dans le désordre: obsolescence programmée, fermeture des cinémathèques, trou de la sécu, chômage, fabrication de désirs, fabrication de frustrations, peur de l’autre, individualisme, obésité, islamophobie (marketing politique), malbouffe.

Bon. Cette liste est plutôt étrange et les rapports avec l’idée de propriété intellectuelle ne sont pas toujours évident. C’est une idée sans doute encore trop floue.

Ce que j’essaie ici c’est peut-être de redéfinir un critère pour distinguer gauche et droite ? D’un côté une attitude de prédateur qui dès qu’il entrevoit un facteur de progrès s’empresse de se l’approprier. (Celui qui dépose une idée est le plus souvent un médiocre, il ne sait pas quand il aura la suivante! ) A gauche, on aurait l’attitude généreuse qui se réjouit de ce que son acte isole puisse profiter à tous. Une attitude plus fourmi ou abeille.

Ce qui est sur, c’est une petite révolution est déjà en marche, et elle fait son petit bonhomme de chemin. C’est Linux et les mouvements GNU, copyleft et les licences libres. Après avoir largement démontré leur force dans le domaine strictement numérique, ce mode de développement ouvert se développe dans des domaines plus réservé de l’industrie. Aujourd’hui une auto open-source bats des records d’économie de carburant. Des fablabs en réseau apprennent à produire des objets de plus en plus complexes à commencer par leurs propres outils de travail.

On commence juste à mesurer l’étendue de ce qui se démocratise par cette mise-en-réseau du savoir. On aura bientôt le choix pour son mobilier entre un catalogue Ikea ou de se faire découper un modèle open-source dans le fablab du coin. Il sera pas forcément plus cher mais il serait exactement à la dimension voulue et personnalisé de façon unique. Voila qui ne doit pas tellement réjouir Ikea !

Voilà les nouvelles lumières telles que je les entrevois : c’est tout un chacun qui s’empare de Diderot et d’Alembert et qui les réécrit et les met en pratique dans son propre quartier.

1984 n’a pas eu lieu ?

En 1984, on a tous pensé qu’Orwell s’était trompé. Les impérialismes que ce livre dénonçait étaient clairement identifiés: le nazisme d’une part déjà terrassé et le stalinisme en voie d’implosion grâce au courageux suicide de la glasnost de Gorbatchev.

Ce magnifique rêve rose a bercé mon adolescence dans une attente béate entretenue par l’ère Mitterrand. L’apothéose de ce culte de la la troisième voie (la nouvelle gauche qu’on nous servait en ce temps-là) fut la commémoration du bicentenaire de la révolution et la chute du mur. CQFD. La Fin de l’Histoire.

Mais à quoi reconnait-on qu’on est dans le monde de Big Brother? Son règne est celui de la novlangue qui réécrit constamment l’histoire et le vocabulaire pour en atténuer le sens. Big Brother lui-même n’est qu’une image un symbole et s’il porte un nom c’est celui qu’il se choisit. Le nom de Big Brother se voulait rassurant « grand frère »: cela n’évoquait que bienveillance et protection, avant qu’Orwell ne le salisse.

Tout ça pour dire qu’un vrai « big brother », spécialiste lexical éviterait, bien entendu le rapprochement avec Orwell au profit de quelque chose de vraiment rassurant et à connotation positive. Il s’approprierait n’importe quel élément du quotidien qui nous rend service tous les jour comme une fenêtre ou une pomme.

Le fonctionnement même de la société de Big Brother est de s’insinuer dans notre pensée, se servant de la peur de l’ennemi et du bonheur d’être dans le bon camp et de se soumettre au progrès qui n’a qu’une seule dimension (et dans cette dimension unique un seul sens).

Plus on y réfléchit, plus on est forcé d’admettre que ce n’est pas si simple. Et autour de 1984, il s’est peut-être joué quelque chose. Il existe un bruit qui se développe de façon assourdissante et redondante auquel il est de plus en plus difficile d’échapper. Contrairement au roman d’Orwell, il n’est pas le fait d’un ministère ou d’un gouvernement. Il s’agit bien entendu du marketing de la communication et du spectacle, tout ce qui colporte les messages émanant du le réel pouvoir celui qui se concentre naturellement dans les sociétés qu’on a autorisé à se développer hors de tout contrôle national.

Les injonctions que je reçois sont de jouer avec toutes les merveilles technologiques qu’on me donne pour acheter en ligne et à crédit tout ce dont j’ignore encore désirer si ardemment. L’ennemi qu’on m’agite pour me décourager de trop m’éloigner de mon hôtel ou de mon home cinéma sont le terroriste islamiste parfois aidé par le serial-killer.

Tout ça est un peu cliché non ?

Ça tient de moins en moins et on est moins dupe.

Il faut dire qu’il n’y a pas de responsable. Je pense qu’à tous les échelons de ce lourd fonctionnement, il y a majoritairement des gens de bonne foi, qui on la conviction d’agir sans choix ni alternative possible. Le vrai responsable est un état d’esprit qui pollue les recoins de nos imaginations. On a tous au fond de la tête un petit golden boy qui n’attend pour s’exprimer qu’une petite opportunité. Une petite affaire juteuse qui nous assurerait le regard admiratif de l’entourage en même temps qu’une rente agréable.

Heureusement grâce aux fonds de placements pourris, il y a eu une certaine prise de conscience. Et désormais, un fourmillement d’initiatives qui se préparaient dans l’ombre se retrouve progressivement dans la lumière pour qui sait regarder. Il y a des convergences de mouvements de relocalisations et de réappropriations de bout de marchés des niches oubliées ou juste trop petites pour intéresser les capitaux d’affaires. C’est des monnaies locales. Ou des terrains cultivés autant par goût du bon voisinage et de la biodiversité que par goût tout court. Bientôt peut-être le revenu de vie ?