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Abstraction du social (brouillon de pensée)

Quelques lectures et visionnements récents se télescopent dans ma tête et me font tirer quelques parallèles intéressants entre autisme et l’abstraction que constitue la vie des hommes.

Donc cet été j’ai amplement écouté les dernières conférences de Michel Onfray dans le cycles de la Contre-histoire de la philosophe notamment quelques une où il critique le structuralisme. En très résumé, il reproche au structuralisme d’être coupé de la réalité. En tout cas de produire des idées nihilistes peu utiles dans la vraie vie.

En tout cas, tout ceci ma fait découvrir ce courant de pensée que j’ai subi sans le connaître depuis les années 80. Les incitations à communiquer, l’analyse des signes et les codes, l’intersubjectivité, ce sont tous des joujoux de structuraliste. A y repenser ce courant de pensée à influencé jusqu’à mes choix de carrière, ayant privilégié la communication au lieu de la science, qui aurait été mon destin naturel.

Le structuralisme, s’il est coupé de la réalité matérielle, c’est peut-être par ce qu’il s’intéresse exclusivement à l’abstraction qu’est la vie sociale ?

Car la société n’est elle pas un fiction totale reposant sur de pures inventions? Des constructions qui pourtant régissent la vie humaine dans ses moindre détails ? L’argent, la propriété, les frontières, la dette, la réputation, les diplômes, les contrats … Toutes ces notions n’ont de valeur que celle qu’on leur prête et ne représente en somme qu’un monde virtuel qui se superpose au monde réel. Il me parait évident que le monde tel qu’il est vécu par une fourmi, un oiseau ou un champignon, n’est pas du tout le même.

Cette réalité sociale est incroyablement puissante puisqu’elle régit nos vies par des règles de plus en plus complexes. Ce monde complètement construit et artificiel a pourtant la capacité de défaire des carrières et à pousser des gens au suicide.

Hypothèse: est-ce qu’un autiste n’aurait pas justement un problème avec le partage de cette folie collective ? (Je pense surtout aux Asperger). Il donne l’impression d’être ailleurs, il ne comprend pas les codes sociaux, les expressions faciales, les conventions, ce qui se dit ou pas. Est-ce qu’il se pourrait que c’est sa connexion au réel (avec ses obsessions des roues qui tournent, ou des interrupteurs) qui perturbe son sens social ? Est-ce que l’esprit envahi par les expériences sensorielles trop intenses (hypersensibilité aux bruits, odeur, etc.) il lui soit impossible de rester focalisé sur les seuls signes qui font du sens.

En effet, en apprenant une langue, un bébé doit apprendre à gommer les sons qui ne sont pas significatifs dans sa langue, jusqu’à devenir incapable de les entendre. De la même façon, nous désapprenons le monde réel pour ne nous concentrer que sur ce qui est utile pour notre fonction sociale. Un investisseur ne verra plus derrière un investissement que le rendement financier et pas la fourmilière d’activité de l’entreprise qu’il finance. Un conducteur doit se concentrer sur les panneaux de circulation et les autres véhicules et peinera à apprécier le paysage et ne s’intéressera pas à priori aux espèces végétales du bord de la route.

L’autiste serait un étranger au monde artificiel du structuralisme ?

Complément nombriliste:

Bien évidemment, quand on philosophe on parle toujours un peu de soi et je n’y coupe pas.

Ainsi, dans mes introspections, depuis longtemps, je m’identifie à un autiste. Par contre, si c’est vrai (si l’autisme est vraiment une maladie qui peut-être objectivement identifiée et que j’en suis atteint), il est évident que je suis un autiste qui a su se soigner, puisqu’il y a certaine caractéristiques typiques de l’autisme que je ne possède pas du tout. Je développerai peut-être une autre fois.

Mais, je suis justement ce conducteur qui se laisse perturber par l’identification d’une espèce invasive sur les bords d’une autoroute. Je suis l’auditeur lunatique à qui il faut systématiquement répéter la première phrase, juste le temps que je rebranche le filtre de l’écoute (si possible celui qui correspond à la langue qui est parlée). Je suis aussi celui qui est bloqué dans une démarche à entreprendre par le gouffre des conséquences variables possible de cet acte.

Je subis donc, au quotidien, une espèce d’envahissement du réel et de l’insignifiant qui est handicapant dans l’efficacité de mes obligations sociales (travail, vie de famille, vie citoyenne). Et pourtant, je n’ai pas du tout envie de renoncer à ce handicap.

Shovanec ne voit pas son autisme comme une maladie, mais comme une part essentielle de sa personne.

Je suppose que c’est à peu près pareil pour moi: J’aurais peur de me perdre en me soumettant à la norme de l’efficacité. J’ai probablement bien trop transigé par le passé !

Complément d’enquête

Il me reste une impression d’insatisfaction de mon entrée sur la « densité d’information ». La sensation de m’être laissé emporté vers mes clichés habituels sans développer l’image forte de ce flux d’information plus ou moins dense qui nous abreuve. Des images de robinets et de soif. Une soif que rien ne parvient à étancher. Je n’ai pas fait non plus de distinction entre la qualité et la quantité de nouveautés exigée par ma bête intérieure. Il y a aussi à dire sur le caractère quasi addictif de cette quête. Ce n’est pas vraiment une soif de connaissance mais plutôt comme un vide à remplir. Quelque chose de l’ordre de la boulimie!

Densité d’information

Un des symptômes de la douance (appelez ça comme vous voulez : zébritude, haut-potentiel, embonpoint intellectuel) c’est une exigence conversationnelle particulière: celle d’une part suffisante de nouveauté et d’inattendu dans l’information reçue pour maintenir la petite flamme d’attention. En effet, si la précocité est une espèce de soif de connaissance, et si une interaction sociale (une conversation, un cours, une lecture un spectacle) est en compétition permanente avec des fils de réflexion interne du sujet surdoué, on comprend assez bien que l’attention se tourne vers la source la plus à même de combler ce gouffre exigeant. Ainsi le surdoué hyperactif s’évade dans des activités parasites, l’autiste vers ces ressources intérieures. Dans tous les cas, il y a décalage entre la stimulation reçue et la capacité à engranger de nouvelles informations.

Si, je dis un symptôme parce que c’est réellement un élément qui peut perturber les liens sociaux. Pensez à Sheldon Cooper (« The Big Bang Theory »). Ce qui est tellement amusant chez Sheldon c’est qu’il est incapable de cacher son ennui. Rien ne l’étonne. Il a l’impression que jamais personne ne pourra lui apprendre quoi que ce soit.

L’ennui. C’est là, la conséquence d’une densité d’information trop réduite. C’est ce qui arrive quand la stimulation est en décalage avec l’attention. Par exemple lors du spectacle d’un téléfilm au scénario trop attendu. Lorsque votre attention se porte la carrière de l’acteur plutôt que son rôle, sur les erreurs de raccords entre les plans, ou encore sur les choix stratégiques de la chaîne à le diffuser, c’est que clairement la trame est complètement en dessous de vos capacités cognitives. Votre attention, dont le but est de combattre l’ennui de toutes les façons, développe tous ces stratagèmes pour maintenir une stimulation constante de votre muscle cérébral. L’ennui n’est donc jamais qu’un moment passager de votre attention avant qu’elle ne se porte sur le prochain objet disponible.

Cette exigence de l’attention, il me semble quelle affecte tous les goûts (du surdoué et à réflexion de tout le monde : il n’y a qu’une différence d’échelle). Elle explique bien, par exemple, le fait qu’on ne garde pas à vie les mêmes goûts musicaux. Au fur et à mesure des progrès de notre oreille celle-ci nous demande des écoutes de plus en plus exigeantes (des harmonies plus originales, des mélodies surprenantes, des rythmes plus complexes). Sinon elle ne remplit qu’une fonction de musique d’ambiance ou de mémoire (Radio nostalgie).

Donc, conversations, école, musique, culture, partout l’ennui du zèbre guette et le menace par trop d’originalité d’exclusion sociale.

Conclusion un peu hâtive et expéditive peut-être ? Tout n’est quand même pas aussi noir… à revoir… au revoir !

L’acteur et le spectateur

Ce que je viens d’écrire sur l’autisme, me ramène à une autre de mes réflexions qui m’accompagne depuis quelques temps. J’ai pris l’habitude de classer les personnes selon un critère qui est celui d’être actif ou passif de façon générale. Acteur ou spectateur dans ma terminologie personnelle. (« Starittude » et fanittude, en deux néologismes qui m’amusent).

Au départ, l’idée me vient de la fréquentation de concerts ou je m’interrogeais sur ce qui fait que je suis dans la salle et pas sur scène. Et une impression de me faire avoir par le groupe qui se montre et qui par le fait de se montrer et s’exposer veut me convaincre qu’il a des choses importantes à dire. Dans un deuxième, temps cela me vient d’un constat d’échecs de ma propre expérience créative. Pour des raisons évidentes, il convient mieux à mon ego de penser que cela me vient d’un mystérieux manque d’ambition et non d’une incapacité de ma personne.

Je me suis donc rangé, dans l’image que je me fais de moi-même, dans la catégorie du spectateur. Ça n’est pas tout à fait définitif, car je cela ne m’empêche nullement de créer, en musique, en image, en mots, … Je reste donc tout-à-fait actif. Mais à l’image de ce blog, totalement et absolument sans public.

Non, la différence est ailleurs. Ce qui fait de moi un spectateur définitivement, c’est que je n’ai, semble-t-il, aucun besoin du regard de l’autre. (Tout au moins, c’est un besoin suffisamment petit et patient pour se contenter de retarder et fantasmer la réaction tierce.) C’est pourquoi, on me penserait modeste, mais on a tort. Dans, le secret de mes pensées, je tutoie les plus grands et j’entretiens avec eux des conversations enflammées. (Et qu’il n’entendront jamais, soit.)

Alors que les grands, eux, les stars, les people, ne sont grands que par un artifice de scène assez idiot : ils sont surélevé par de simples planches (ou grossis par des caméras, amplifiés par des micros). Si on analyse, un peu, et les plus honnête ne le cachent pas, les stars n’existent que par le regard de nous autres spectateurs. Elles admettent que c’est notre regard, nos oreilles et nos applaudissements qui les nourrissent, et que sans ce carburant leur flamme créatrice s’éteint.

Pour le vrai spectateur, plus méditatif, il n’y a nul besoin d’être l’auteur d’une oeuvre pour s’en extasier. L’absence d’ambition et la sobriété de l’ego nous rend bien plus libre !

Eradiquer le principe de compétition

Pour me faire pardonner de ma redite sur les surdoués une citation de Pierre Rabhi. Aucune idée si elle est exacte, mais elle me parle et j’en parle….

“Il est urgent d’éradiquer ce principe de compétition qui place l’enfant, dès sa scolarité, dans une rivalité terrible avec les autres et lui laisse croire que s’il n’est pas le meilleur, il va rater sa vie. Beaucoup répondent à cette insécurité par une accumulation stupide de richesses, ou par le déploiement d’une violence qui vise à dominer l’autre, que l’on croit devoir surpasser.

Aujourd’hui, on est tout fier lorsqu’un enfant de 5 ans sait manipuler la souris de l’ordinateur et compter parfaitement. Très bien. Mais trop d’enfants accèdent à l’abstraction aux dépens de leur intériorité, et se retrouvent décalés par rapport à la découverte de leur vraie vocation.

Dans notre jeune âge, nous appréhendons la réalité avec nos sens, pas avec des concepts abstraits. Prendre connaissance de
soi, c’est d’abord prendre connaissance de son corps, de sa façon d’écouter, de se nourrir, de regarder, c’est ainsi que l’on accède à ses émotions et à ses désirs. Quel dommage que l’intellect prime à ce point sur le travail manuel. Nos mains sont des outils magnifiques, capables de construire une maison, de jouer une sonate, de donner de la tendresse.

Offrons à nos enfants ce printemps où l’on goûte le monde, où l’on consulte son âme pour pouvoir définir, petit à petit, ce à quoi l’on veut consacrer sa vie. Offrons-leur l’épreuve de la nature, du travail de la terre, des saisons. L’intelligence humaine n’a pas de meilleure école que celle de l’intelligence universelle qui la précède et se manifeste dans la moindre petite plante, dans la diversité, la complexité, la continuité du vivant.” – Pierre Rabhi

Mon monde intérieur a autant de réalité que la réalité que je partage avec l’autre.

Récemment une mère me demandait comment elle pourrait ramener son fils précoce à la réalité. Voilà une question qui toute simple qu’elle est dans sa formulation a soulevé toute une perplexité. Il m’était impossible de répondre à cette question.

La raison la plus évidente maintenant que les idées ont fait leur chemin, me parait que la question sous-entend une absence de la réalité, qui me parait bien loin d’être acquise. Lorsqu’on est « perdu » dans ses pensées (on dit aussi plongé), c’est une espèce de méditation. Mais ça ne veut pas dire qu’on est perdu, ça peut même être le contraire. Dans le cas de la « pleine conscience » très à la mode, mais aussi au yoga, la méditation est un effort de se connecter avec l’environnement, une volonté d’être tout à fait là et présent. Si on ferme les yeux c’est pour mieux éveiller tous les autres sens.

Par contre le monde social auquel on échappe lorsqu’on est « dans la lune » ne semble pas beaucoup s’encombrer de la réalité. Il est fait beaucoup de superficialité, il est plus question de réputation que de réalité. Les interactions humaines s’organisent d’une façon assez complexe autour de concepts tout à fait abstraits et tout à fait arbitraires. Des fictions comme les frontières, les institutions, l’argent qui n’ont d’existence que pour le monde social mais superbement ignoré par le monde physique réel que sont le vent, les oiseaux ou la lumière.

Et pourtant on voudrait me ramener à la réalité !

Inutile de préciser que j’ai eu beau rédiger ma réponse jusque tard dans la nuit, je ne lui fut pas d’un grand secours! Une fois de plus j’ai certainement réussi à convaincre une personne que j’étais complètement en dehors de la réalité!

En bonus: Le lien qui me fait penser à tout ceci aujourd’hui: The boy whose brain could unlock autism: https://medium.com/matter/70c3d64ff221. Il s’agit d’un chercheur en neuro-science et son fils autiste et de la découverte récente d’une nouvelle piste pour la compréhension de l’autisme. Il pourrait s’agir d’un excès d’activité neuronale et une rapidité d’apprentissage qui rend les autistes tellement différent.

Nouvelles lumières

Si je ne me trompe, on doit à l’invention de l’imprimerie la sortie de l’obscurantisme. Tous les précieux écrits enfermés dans des monastères et les savoirs qui vont avec ont pu être démocratisés. Grâce à quoi, on a vu de nouvelles personnes s’emparer des écrits pour les relire selon leur propres critères (la réforme). Puis de nouveaux écrits ont pu naître, aussi bien des chefs d’oeuvres artistiques que des foisons de manuels et les 1ères encyclopédies. C’est ce qu’on a appelés les « lumières » (me semble-t-il toujours, je ne suis pas historien).

Ce qui m’intéresse ici, c’est de dresser un parallèle entre cet obscurantisme passé avec notre époque et la révolution qui est en cours. L’apparition d’Internet est en effet assez comparable à l’imprimerie et elle s’attaque à un autre obscurantisme. Pour l’instant l’identité du pouvoir obscur qui domine notre temps est assez difficile à cerner, mais elle se dessine de plus en clairement. Bon, autant dire tout de suite que je ne crois en aucun complot international et qu’on est le plus souvent utilisés par des gens qui nous aiment et veulent notre bien!

Mais revenons à ce combat, celui entre la diffusion du savoir et son confinement. Il me semble que c’est une contradiction qui existe depuis bien longtemps, celle d’une société qui enseigne des valeurs humanistes d’entraide d’une part et d’une société des loisirs qui voudrait qu’on oublie l’essentiel de ce qu’on a appris pour qu’on s’abandonne à ce mode de vie facile ou tout est fait tout pour nous. Il y a le monde académique qui incite à la curiosité, invite à comprendre, échanger et diffuser le savoir. Et il y a le monde consumériste qui vous prend par la main qui vous fait rêver par un progrès qui tient de la magie tellement il serait vain de chercher à comprendre!

Ce sont 2 visions qui ont pour programme le progrès, mais des façon différentes de l’atteindre. À ce stade de mon discours, il n’est peut-être plus nécessaire de dire de quel côté, entre obscurantisme et lumières, je place le marketing ou la propriété intellectuelle. En effet, je pense et j’ai déjà dit ici que ces inventions modernes qui ont tant fait pour le développement rapide de notre niveau de vie depuis le début du vingtième siècle sont devenues improductives et nuisibles. On les retrouve régulièrement à des points clés des paradoxes les plus criants de notre époque. Dans le désordre: obsolescence programmée, fermeture des cinémathèques, trou de la sécu, chômage, fabrication de désirs, fabrication de frustrations, peur de l’autre, individualisme, obésité, islamophobie (marketing politique), malbouffe.

Bon. Cette liste est plutôt étrange et les rapports avec l’idée de propriété intellectuelle ne sont pas toujours évident. C’est une idée sans doute encore trop floue.

Ce que j’essaie ici c’est peut-être de redéfinir un critère pour distinguer gauche et droite ? D’un côté une attitude de prédateur qui dès qu’il entrevoit un facteur de progrès s’empresse de se l’approprier. (Celui qui dépose une idée est le plus souvent un médiocre, il ne sait pas quand il aura la suivante! ) A gauche, on aurait l’attitude généreuse qui se réjouit de ce que son acte isole puisse profiter à tous. Une attitude plus fourmi ou abeille.

Ce qui est sur, c’est une petite révolution est déjà en marche, et elle fait son petit bonhomme de chemin. C’est Linux et les mouvements GNU, copyleft et les licences libres. Après avoir largement démontré leur force dans le domaine strictement numérique, ce mode de développement ouvert se développe dans des domaines plus réservé de l’industrie. Aujourd’hui une auto open-source bats des records d’économie de carburant. Des fablabs en réseau apprennent à produire des objets de plus en plus complexes à commencer par leurs propres outils de travail.

On commence juste à mesurer l’étendue de ce qui se démocratise par cette mise-en-réseau du savoir. On aura bientôt le choix pour son mobilier entre un catalogue Ikea ou de se faire découper un modèle open-source dans le fablab du coin. Il sera pas forcément plus cher mais il serait exactement à la dimension voulue et personnalisé de façon unique. Voila qui ne doit pas tellement réjouir Ikea !

Voilà les nouvelles lumières telles que je les entrevois : c’est tout un chacun qui s’empare de Diderot et d’Alembert et qui les réécrit et les met en pratique dans son propre quartier.