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Liberté relative

Si on y regarde bien on n’est pas libre !

Comparé au fourmis aux oiseaux à n’importe quel animal, l’homme est seul à devoir présenter des papiers pour passer une frontière, pénétrer une propriété privée. Pire, il doit demander la permission pour avoir droit à une activité vitale. Non pas que la liberté animale soit enviable: Après tout la liberté du loup ou d’un canard sauvage s’accompagne du risque d’être tiré sans justification aucune. Toujours est-il que l’être humain pour avoir poussé très loin les limites de sa nature s’est retrouvé contraint à une liberté toute relative. Comme on dit, une liberté qui s’arrête là où commence celles des autres. (Or, en regard de la position d’homo sapiens sapiens au sommet de la pyramide alimentaire, nos terrains de chasse ne sont pas proportionné, notre prochain est bien trop proche.)

Donc la liberté naturelle du chasseur-cueilleur à qui la nature est donnée comme une ressource généreuse et d’apparence inépuisable s’est trouvée bridée. Par son efficacité et sa trop grande prolifération, homo s’est trouvé contraint d’organiser la façon de puiser les ressources par un maillage de règles couvrant petit à petit l’ensemble de la planète. C’est la vie sociale, la propriété (privée ou pas), c’est la politique. Si bien que dès la naissance au lieu d’être riche comme un goéland dont l’horizon est vaste et dégagé, le petit homme arrive au monde endetté et contraint de lutter ne serait-ce que pour trouver quelle seront ses moyens de subsistance.

Ainsi la société est une sorte de prison pour l’homme, un instrument qui contredit sa nature. Pourtant, chacun devrait pouvoir bénéficier de sa part minimale de ressources pour assurer sa subsistance. Ne serait-ce qu’un lopin de terre (à défaut d’un véritable terrain de chasse). Ce minimum devrait être un droit. Mais ce droit n’étant pas réalisable (en raison de la propriété privée et d’une relative surpopulation) la société se doit de fournir une compensation à cette aliénation fondamentale.

Pour moi, c’est là l’esprit du revenu de base. La reconnaissance d’une dette de l’organisation sociale envers les personnes qu’elle administre. Une compensation du vol que représente la propriété privée.

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Abstraction du social (brouillon de pensée)

Quelques lectures et visionnements récents se télescopent dans ma tête et me font tirer quelques parallèles intéressants entre autisme et l’abstraction que constitue la vie des hommes.

Donc cet été j’ai amplement écouté les dernières conférences de Michel Onfray dans le cycles de la Contre-histoire de la philosophe notamment quelques une où il critique le structuralisme. En très résumé, il reproche au structuralisme d’être coupé de la réalité. En tout cas de produire des idées nihilistes peu utiles dans la vraie vie.

En tout cas, tout ceci ma fait découvrir ce courant de pensée que j’ai subi sans le connaître depuis les années 80. Les incitations à communiquer, l’analyse des signes et les codes, l’intersubjectivité, ce sont tous des joujoux de structuraliste. A y repenser ce courant de pensée à influencé jusqu’à mes choix de carrière, ayant privilégié la communication au lieu de la science, qui aurait été mon destin naturel.

Le structuralisme, s’il est coupé de la réalité matérielle, c’est peut-être par ce qu’il s’intéresse exclusivement à l’abstraction qu’est la vie sociale ?

Car la société n’est elle pas un fiction totale reposant sur de pures inventions? Des constructions qui pourtant régissent la vie humaine dans ses moindre détails ? L’argent, la propriété, les frontières, la dette, la réputation, les diplômes, les contrats … Toutes ces notions n’ont de valeur que celle qu’on leur prête et ne représente en somme qu’un monde virtuel qui se superpose au monde réel. Il me parait évident que le monde tel qu’il est vécu par une fourmi, un oiseau ou un champignon, n’est pas du tout le même.

Cette réalité sociale est incroyablement puissante puisqu’elle régit nos vies par des règles de plus en plus complexes. Ce monde complètement construit et artificiel a pourtant la capacité de défaire des carrières et à pousser des gens au suicide.

Hypothèse: est-ce qu’un autiste n’aurait pas justement un problème avec le partage de cette folie collective ? (Je pense surtout aux Asperger). Il donne l’impression d’être ailleurs, il ne comprend pas les codes sociaux, les expressions faciales, les conventions, ce qui se dit ou pas. Est-ce qu’il se pourrait que c’est sa connexion au réel (avec ses obsessions des roues qui tournent, ou des interrupteurs) qui perturbe son sens social ? Est-ce que l’esprit envahi par les expériences sensorielles trop intenses (hypersensibilité aux bruits, odeur, etc.) il lui soit impossible de rester focalisé sur les seuls signes qui font du sens.

En effet, en apprenant une langue, un bébé doit apprendre à gommer les sons qui ne sont pas significatifs dans sa langue, jusqu’à devenir incapable de les entendre. De la même façon, nous désapprenons le monde réel pour ne nous concentrer que sur ce qui est utile pour notre fonction sociale. Un investisseur ne verra plus derrière un investissement que le rendement financier et pas la fourmilière d’activité de l’entreprise qu’il finance. Un conducteur doit se concentrer sur les panneaux de circulation et les autres véhicules et peinera à apprécier le paysage et ne s’intéressera pas à priori aux espèces végétales du bord de la route.

L’autiste serait un étranger au monde artificiel du structuralisme ?

Complément nombriliste:

Bien évidemment, quand on philosophe on parle toujours un peu de soi et je n’y coupe pas.

Ainsi, dans mes introspections, depuis longtemps, je m’identifie à un autiste. Par contre, si c’est vrai (si l’autisme est vraiment une maladie qui peut-être objectivement identifiée et que j’en suis atteint), il est évident que je suis un autiste qui a su se soigner, puisqu’il y a certaine caractéristiques typiques de l’autisme que je ne possède pas du tout. Je développerai peut-être une autre fois.

Mais, je suis justement ce conducteur qui se laisse perturber par l’identification d’une espèce invasive sur les bords d’une autoroute. Je suis l’auditeur lunatique à qui il faut systématiquement répéter la première phrase, juste le temps que je rebranche le filtre de l’écoute (si possible celui qui correspond à la langue qui est parlée). Je suis aussi celui qui est bloqué dans une démarche à entreprendre par le gouffre des conséquences variables possible de cet acte.

Je subis donc, au quotidien, une espèce d’envahissement du réel et de l’insignifiant qui est handicapant dans l’efficacité de mes obligations sociales (travail, vie de famille, vie citoyenne). Et pourtant, je n’ai pas du tout envie de renoncer à ce handicap.

Shovanec ne voit pas son autisme comme une maladie, mais comme une part essentielle de sa personne.

Je suppose que c’est à peu près pareil pour moi: J’aurais peur de me perdre en me soumettant à la norme de l’efficacité. J’ai probablement bien trop transigé par le passé !

Complément d’enquête

Il me reste une impression d’insatisfaction de mon entrée sur la « densité d’information ». La sensation de m’être laissé emporté vers mes clichés habituels sans développer l’image forte de ce flux d’information plus ou moins dense qui nous abreuve. Des images de robinets et de soif. Une soif que rien ne parvient à étancher. Je n’ai pas fait non plus de distinction entre la qualité et la quantité de nouveautés exigée par ma bête intérieure. Il y a aussi à dire sur le caractère quasi addictif de cette quête. Ce n’est pas vraiment une soif de connaissance mais plutôt comme un vide à remplir. Quelque chose de l’ordre de la boulimie!

Densité d’information

Un des symptômes de la douance (appelez ça comme vous voulez : zébritude, haut-potentiel, embonpoint intellectuel) c’est une exigence conversationnelle particulière: celle d’une part suffisante de nouveauté et d’inattendu dans l’information reçue pour maintenir la petite flamme d’attention. En effet, si la précocité est une espèce de soif de connaissance, et si une interaction sociale (une conversation, un cours, une lecture un spectacle) est en compétition permanente avec des fils de réflexion interne du sujet surdoué, on comprend assez bien que l’attention se tourne vers la source la plus à même de combler ce gouffre exigeant. Ainsi le surdoué hyperactif s’évade dans des activités parasites, l’autiste vers ces ressources intérieures. Dans tous les cas, il y a décalage entre la stimulation reçue et la capacité à engranger de nouvelles informations.

Si, je dis un symptôme parce que c’est réellement un élément qui peut perturber les liens sociaux. Pensez à Sheldon Cooper (« The Big Bang Theory »). Ce qui est tellement amusant chez Sheldon c’est qu’il est incapable de cacher son ennui. Rien ne l’étonne. Il a l’impression que jamais personne ne pourra lui apprendre quoi que ce soit.

L’ennui. C’est là, la conséquence d’une densité d’information trop réduite. C’est ce qui arrive quand la stimulation est en décalage avec l’attention. Par exemple lors du spectacle d’un téléfilm au scénario trop attendu. Lorsque votre attention se porte la carrière de l’acteur plutôt que son rôle, sur les erreurs de raccords entre les plans, ou encore sur les choix stratégiques de la chaîne à le diffuser, c’est que clairement la trame est complètement en dessous de vos capacités cognitives. Votre attention, dont le but est de combattre l’ennui de toutes les façons, développe tous ces stratagèmes pour maintenir une stimulation constante de votre muscle cérébral. L’ennui n’est donc jamais qu’un moment passager de votre attention avant qu’elle ne se porte sur le prochain objet disponible.

Cette exigence de l’attention, il me semble quelle affecte tous les goûts (du surdoué et à réflexion de tout le monde : il n’y a qu’une différence d’échelle). Elle explique bien, par exemple, le fait qu’on ne garde pas à vie les mêmes goûts musicaux. Au fur et à mesure des progrès de notre oreille celle-ci nous demande des écoutes de plus en plus exigeantes (des harmonies plus originales, des mélodies surprenantes, des rythmes plus complexes). Sinon elle ne remplit qu’une fonction de musique d’ambiance ou de mémoire (Radio nostalgie).

Donc, conversations, école, musique, culture, partout l’ennui du zèbre guette et le menace par trop d’originalité d’exclusion sociale.

Conclusion un peu hâtive et expéditive peut-être ? Tout n’est quand même pas aussi noir… à revoir… au revoir !

L’acteur et le spectateur

Ce que je viens d’écrire sur l’autisme, me ramène à une autre de mes réflexions qui m’accompagne depuis quelques temps. J’ai pris l’habitude de classer les personnes selon un critère qui est celui d’être actif ou passif de façon générale. Acteur ou spectateur dans ma terminologie personnelle. (« Starittude » et fanittude, en deux néologismes qui m’amusent).

Au départ, l’idée me vient de la fréquentation de concerts ou je m’interrogeais sur ce qui fait que je suis dans la salle et pas sur scène. Et une impression de me faire avoir par le groupe qui se montre et qui par le fait de se montrer et s’exposer veut me convaincre qu’il a des choses importantes à dire. Dans un deuxième, temps cela me vient d’un constat d’échecs de ma propre expérience créative. Pour des raisons évidentes, il convient mieux à mon ego de penser que cela me vient d’un mystérieux manque d’ambition et non d’une incapacité de ma personne.

Je me suis donc rangé, dans l’image que je me fais de moi-même, dans la catégorie du spectateur. Ça n’est pas tout à fait définitif, car je cela ne m’empêche nullement de créer, en musique, en image, en mots, … Je reste donc tout-à-fait actif. Mais à l’image de ce blog, totalement et absolument sans public.

Non, la différence est ailleurs. Ce qui fait de moi un spectateur définitivement, c’est que je n’ai, semble-t-il, aucun besoin du regard de l’autre. (Tout au moins, c’est un besoin suffisamment petit et patient pour se contenter de retarder et fantasmer la réaction tierce.) C’est pourquoi, on me penserait modeste, mais on a tort. Dans, le secret de mes pensées, je tutoie les plus grands et j’entretiens avec eux des conversations enflammées. (Et qu’il n’entendront jamais, soit.)

Alors que les grands, eux, les stars, les people, ne sont grands que par un artifice de scène assez idiot : ils sont surélevé par de simples planches (ou grossis par des caméras, amplifiés par des micros). Si on analyse, un peu, et les plus honnête ne le cachent pas, les stars n’existent que par le regard de nous autres spectateurs. Elles admettent que c’est notre regard, nos oreilles et nos applaudissements qui les nourrissent, et que sans ce carburant leur flamme créatrice s’éteint.

Pour le vrai spectateur, plus méditatif, il n’y a nul besoin d’être l’auteur d’une oeuvre pour s’en extasier. L’absence d’ambition et la sobriété de l’ego nous rend bien plus libre !

Eradiquer le principe de compétition

Pour me faire pardonner de ma redite sur les surdoués une citation de Pierre Rabhi. Aucune idée si elle est exacte, mais elle me parle et j’en parle….

“Il est urgent d’éradiquer ce principe de compétition qui place l’enfant, dès sa scolarité, dans une rivalité terrible avec les autres et lui laisse croire que s’il n’est pas le meilleur, il va rater sa vie. Beaucoup répondent à cette insécurité par une accumulation stupide de richesses, ou par le déploiement d’une violence qui vise à dominer l’autre, que l’on croit devoir surpasser.

Aujourd’hui, on est tout fier lorsqu’un enfant de 5 ans sait manipuler la souris de l’ordinateur et compter parfaitement. Très bien. Mais trop d’enfants accèdent à l’abstraction aux dépens de leur intériorité, et se retrouvent décalés par rapport à la découverte de leur vraie vocation.

Dans notre jeune âge, nous appréhendons la réalité avec nos sens, pas avec des concepts abstraits. Prendre connaissance de
soi, c’est d’abord prendre connaissance de son corps, de sa façon d’écouter, de se nourrir, de regarder, c’est ainsi que l’on accède à ses émotions et à ses désirs. Quel dommage que l’intellect prime à ce point sur le travail manuel. Nos mains sont des outils magnifiques, capables de construire une maison, de jouer une sonate, de donner de la tendresse.

Offrons à nos enfants ce printemps où l’on goûte le monde, où l’on consulte son âme pour pouvoir définir, petit à petit, ce à quoi l’on veut consacrer sa vie. Offrons-leur l’épreuve de la nature, du travail de la terre, des saisons. L’intelligence humaine n’a pas de meilleure école que celle de l’intelligence universelle qui la précède et se manifeste dans la moindre petite plante, dans la diversité, la complexité, la continuité du vivant.” – Pierre Rabhi

Mon monde intérieur a autant de réalité que la réalité que je partage avec l’autre.

Récemment une mère me demandait comment elle pourrait ramener son fils précoce à la réalité. Voilà une question qui toute simple qu’elle est dans sa formulation a soulevé toute une perplexité. Il m’était impossible de répondre à cette question.

La raison la plus évidente maintenant que les idées ont fait leur chemin, me parait que la question sous-entend une absence de la réalité, qui me parait bien loin d’être acquise. Lorsqu’on est « perdu » dans ses pensées (on dit aussi plongé), c’est une espèce de méditation. Mais ça ne veut pas dire qu’on est perdu, ça peut même être le contraire. Dans le cas de la « pleine conscience » très à la mode, mais aussi au yoga, la méditation est un effort de se connecter avec l’environnement, une volonté d’être tout à fait là et présent. Si on ferme les yeux c’est pour mieux éveiller tous les autres sens.

Par contre le monde social auquel on échappe lorsqu’on est « dans la lune » ne semble pas beaucoup s’encombrer de la réalité. Il est fait beaucoup de superficialité, il est plus question de réputation que de réalité. Les interactions humaines s’organisent d’une façon assez complexe autour de concepts tout à fait abstraits et tout à fait arbitraires. Des fictions comme les frontières, les institutions, l’argent qui n’ont d’existence que pour le monde social mais superbement ignoré par le monde physique réel que sont le vent, les oiseaux ou la lumière.

Et pourtant on voudrait me ramener à la réalité !

Inutile de préciser que j’ai eu beau rédiger ma réponse jusque tard dans la nuit, je ne lui fut pas d’un grand secours! Une fois de plus j’ai certainement réussi à convaincre une personne que j’étais complètement en dehors de la réalité!

En bonus: Le lien qui me fait penser à tout ceci aujourd’hui: The boy whose brain could unlock autism: https://medium.com/matter/70c3d64ff221. Il s’agit d’un chercheur en neuro-science et son fils autiste et de la découverte récente d’une nouvelle piste pour la compréhension de l’autisme. Il pourrait s’agir d’un excès d’activité neuronale et une rapidité d’apprentissage qui rend les autistes tellement différent.